
22 Arcanes, ajoutées à un jeu de cartes espagnol, c’est ainsi qu’Oswald Wirth distingue les deux composantes du jeu de tarot. En effet, les Arcanes n’ont semble-t-il rien à faire avec les autres cartes. Alors, pourquoi ont-elles été associées à un jeu de cartes tout ce qu’il y a de classique ?
Leur nom nous donne un indice : il vient du latin ARCANA, pluriel d’arcanum, et il signifie “secrets”. Ces 22 cartes, que nous appelons lames dans le tarot, contiendraient donc des secrets ? Certaines d’entre elles rappelant les triumfi du début du XVIe siècle, et ces cartes ne portant à l’origine ni noms ni numéros, on pouvait supposer qu’elles n’avaient qu’une simple valeur éducative, et s’imaginer qu’elles étaient associées à un jeu de cartes, interdit presque partout au même titre que tous les jeux d’argent, pour en relever le niveau moral et culturel. En réalité, les Arcanes se cachent dans le jeu parce qu’elles véhiculent la pensée hermétique…
Si les autorités, religieuses en particulier, avaient compris les messages que contiennent les 22 Arcanes, ils y auraient vu un retour du paganisme, et les auraient brûlées, comme Savonarole fera brûler à la fin du XVe siècle à Florence tout ce qui rappelait l’antiquité, dans ses “bûchers des Vanités”. Et bien sûr nous devinons facilement pourquoi : 22 étant le nombre des caractères de l’alphabet hébraïque, cela dénote une orientation pas très catholique… juive donc, voire kabbalistique ? Eh bien non. Même si l’on peut voir un rapport, il est sans doute de pure circonstance, et nous devrons y trouver une autre origine.
22 lames… kabbalistiques ?
Il ne vous aura pas échappé que sur les 22 lames, seules 21 sont numérotées. Le Fou ne l’est pas, ce qui a provoqué bien des interrogations, et bien des affirmations nées de l’imagination plutôt que de la réflexion, hélas. Pourtant, si l’on se penche sur l’organisation des 21 lames numérotées, le rôle du fou devient évident.
21, c’est trois fois sept. Et sept, déjà dans l’antiquité, a toujours évoqué quelque chose de complet, d’abouti : Les sept jours de la Création, les sept jours de la semaine, les sept planètes, seules dénombrées de l’antiquité jusqu’à la découverte d’Uranus en 1781, les sept péchés capitaux, les sept vertus, et… euh… les sept nains de Blanche-Neige, bien sûr. Quant au nombre trois, il évoque les trois étapes de l’évolution humaine : on commence par apprendre à placer son corps (corpus en latin), c’est-à-dire à réaliser les tâches les plus vitales ; puis on apprend à réfléchir, ce qui distingue l’animal, ce qui “l’anime” (animus), et le distingue de l’objet ou de la plante ; enfin on développe sa spiritualité (spiritus), capacité généralement attribuée à l’humanité seulement, ce que l’on résume en trois mots, corps — âme — esprit. En fait, les 22 Arcanes développent et structurent un programme d’enseignement, dans lequel on peut reconnaître un enseignement primaire, un enseignement secondaire, et un enseignement supérieur. Et pour donner envie d’apprendre, est-il meilleur moyen que de présenter cet enseignement comme un secret ? Un secret que Le Fou, lui, ne partage pas…
Mais de quel enseignement s’agit-il ?
Revenons à la Kabbale. Née au sein de la culture juive, elle a été fortement influencée, à l’origine (et du moins dans la représentation de l’arbre des séphiroth) par la culture mésopotamienne, puis à Alexandrie, au contact de la culture grecque et de la culture égyptienne, par l’hermétisme qui s’est développé dans cette ville. C’est à partir de ce contact que la pensée juive de la Kabbale et l’Hermétisme afficheront certaines similitudes, en particulier dans les textes de Maïmonide et de Louria. Mais les fondamentaux restent différents. Au milieu du XVe siècle en Italie, le tarot apparaissait en pleine résurgence de la pensée hermétique, avec la création d’une académie platonicienne dirigée par Marsile Ficin, qui traduira le Corpus Hermeticum ainsi que les œuvres de Platon, tandis que Pic de la Mirandole développait une cabale chrétienne. Mais c’est avant tout la culture classique grecque, celle de Pythagore et de Platon, une culture humaniste, positive et bienveillante que l’on retrouve dans les textes attribués à Hermès, et qui est développée dans les 22 Arcanes.
Et en quoi cet enseignement est-il subversif ?
Si l’on y retrouve des valeurs connues et acceptées de tous à la fin du moyen-âge (les vertus cardinales : justice — force — tempérance, la prudence étant symbolisée par l’Ermite), il n’en demeure pas moins que certaines lames, et notamment la lame XVI et la lame XXI, sont très subversives. Ainsi, que vient donc faire une femme au milieu de la mandorle, à la place d’un Christ en majesté, sur la lame XXI ? La réponse est dans le Corpus Hermeticum attribué à Hermès Trismégiste…
Vous en saurez plus en lisant La Voie initiatique du tarot, et en cliquant ici -> ici.
